Si Vincent de Paul avait calculé…

Si Vincent de Paul avait calculé…

Dans  “Le goût de la vie”,  (Edition Le Centurion), André Sève exhorte  ses lecteurs au  goût de vivre et au goût de faire vivre.

Les quelques  lignes, extraites de  cet ouvrage, interpellent et interrogent.

Avons-nous rencontré des chrétiens, des vincentiens heureux  de vivre et donc  de rayonner ?

Un message qu’il n’est pas inutile de méditer par temps de pluie  ou de soleil, en cette fin de vacances, à l’orée d’une année qui s’annonce déjà bien remplie ,aux abords du 200e anniversaire de la naissance de Frédéric Ozanam !

“J’ai eu la chance de rencontrer dans ma jeunesse des chrétiens doués d’un formidable goût de vivre. Ils me disaient comment on devient le cavalier d’un cheval fou. J’ai vu ensuite trop de gens qui m’enseignaient aussi  à vivre mais sans folie, en n’exhibant d’eux-mêmes  qu’une existence chétive.  Heureusement l’Evangile est là ! Il nous invite à déployer toutes nos voiles pour tous les vents. «  Je suis venu pour que vous viviez au maximum”

C’est bon d’être né ! Je le crois, dur comme fer, et pour deux raisons. D’abord, Dieu nous aime et il ne peut nous refuser les moyens de tirer de notre vie les bonheurs qu’elle recèle  puisque  c’est son cadeau d’amour. Ma deuxième raison est plus concrète. J’ai pu observer des personnes qui, effectivement,  tirent de la joie là où j’aurais été tenté de ne voir que des coups durs et des ratages. Mon espérance se nourrit de la vision de ces vies heureuses, il faut oser le dire, puisqu’elles rayonnent, et  sont incroyablement remplies  malgré les handicaps.

Le pouvoir de vendanger la joie, même dans les pierres et les épines, c’est le goût de vivre, première richesse parce que richesse source, capacité de détecter ce qui épanouit. L’inverse existe, hélas, une sorte d’affreuse aptitude  à ne voir que le mauvais côté des choses et des gens. Mais c’est la joie qui est dans le vrai ;  la tristesse nous trompe !

Pour développer  très tôt chez les jeunes ce goût de vivre, les exhortations ne servent guère. Ils n’écoutent pas. Mais ils regardent, ils sont gagnés par une certaine manière de risquer  qui leur prouve que nous croyons d’abord à la fougue du cheval fou et en second lieu seulement aux impératifs de la raison (le bon cavalier). Le calcul seul fait des vies rétrécies, sans aventures. Si François d’Assise avait calculé ! … »

« Cette méditation a pu donner l’impression d’une quête de joie individualiste. Mais quand le goût de vivre est vraiment puisé dans l’Evangile, il tend de lui – même à déboucher sur une bien plus grande puissance de joie : le goût de faire vivre.

L’amour est le seul climat où puisse naître et s’épanouir cette qualité de joie dont parle Jésus dans l’extraordinaire  texte de Jean (15,5-17) «  Pour que ma joie soit en vous, aimez ! » Ce lien entre la joie et l’amour est un des sommets de la Révélation. Lorsque nous aimons, et cela veut dire que nous sommes en souci du bonheur d’un autre plus que de nous-mêmes, nous avons franchi une frontière, nous sommes dans le jardin de joie de Dieu »

La joie,  disait un mystique, n’est pas toujours le fruit d’un savoir vivre ou d’une satisfaction obtenue, elle réside le plus souvent dans la perspective d’une rencontre et dans la rencontre elle-même. C’est  ce que confirmeront volontiers les amoureux ou  les  adolescents  en présence de leur  star. En effet, chacun peut en faire l’expérience : enracinée dans l’amour, la rencontre donne des ailes et provoque une cascade d’actions positives en faveur d’autrui. N’est-ce pas la rencontre avec le pauvre, avec l’exclu qui transforme le cœur du vincentien ?

La joie de vivre et de communiquer sa foi, son espérance, son enthousiasme,  être le « grain capable de soulever des montagnes »,  telle est notre vocation. Notre Fondateur et notre Saint Patron n’ont-ils pas montré le chemin ? A la suite de Jésus, ils  se sont donnés  sans retenue  et ont  ainsi ramené des  milliers de personnes et de familles à la vie.    Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice !

Les béatitudes, une charte  morale tellement héroïque qu’elle décourage toute tentative de la vivre ?  Non, il s’agit plutôt d’une  sorte de description  de qui est Jésus Christ. Il est le pauvre, le doux, l’affligé, l’affamé, le miséricordieux, le cœur pur, l’artisan de paix, le persécuté pour la justice.

Le chemin de Jésus dessine la vocation chrétienne qui est celle des Béatitudes. Il y est question de vivre, non pas de manière étriquée et comme à « l’économie » mais de vivre pleinement  sa vocation d’homme qui est de participer à la vie de Dieu. (2 Pierre 1,4) Le bonheur est envisagé ici comme le contraire de la fatalité, comme l’antidestin. Il est le dynamisme qui mobilise l’existence.

Pour vivre heureux,  faisons  provisions de petits bonheurs,  exerçons nos yeux à percevoir  les merveilles de la création  et le visage de Dieu dans celui de nos frères, répondons aux appels de ceux qui mendient l’attention, la tendresse, l’écoute, le pardon, la justice, le partage.

Pour que notre joie rayonne, laissons-nous  d’abord habiter par « le chant intérieur » , puis osons  la vie, osons la rencontre, parions sur l’avenir,  innovons des structures qui permettent  aux hommes de  se remettre en route   et de trouver le goût de vivre.

Pour que notre joie soit pure et vraie, aimons  notre prochain comme nous-mêmes.

“Celui qui aime  voit continuellement Dieu présent, trouve sa satisfaction à penser à lui et passe insensiblement  sa vie en contemplation”

Vincent de Paul

“Quand le cœur est joyeux, il y a un chant intérieur qui s’y fait entendre et qui ne trouble pas les devoirs sérieux de l’esprit”

Frédéric Ozanam

“Celui qui aime court, vole et se réjouit : il est libre et rien ne le retient”

Frédéric Ozanam

Christiane Preud’homme

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