Vivre l’écoute et la solidarité avec nos contemporains

Vivre l’écoute et la solidarité avec nos contemporains

Ce titre est celui d’un document de travail écrit en 2009 par Monseigneur Jousten, Evêque de Liège, à propos de la lettre pastorale “Vivre et annoncer l’évangile”. Nous vous en proposons ci-dessous de larges extraits.

(Version imprimable: Ecoute&Solidarité)

Une des prières eucharistiques fait dire au prêtre: “Ouvre nos yeux à toute détresse, inspire-nous la parole et le geste qui conviennent pour soutenir notre prochain dans la peine ou dans l’épreuve; donne-nous de le servir avec un cœur sincère selon l’exemple et la parole du Christ lui-même” (PE lV ). Le Concile Vatican ll a déclaré avec force que le Peuple de Dieu est en route avec les autres hommes. Dans cet esprit,  la communauté rassemblée pour I’eucharistie demande au Seigneur de I’aider à mettre ses pas dans ceux de Jésus mort et ressuscité. Oui, nous avons besoin de courage pour nous mettre à l’écoute de nos contemporains, notamment des pauvres, des exclus, des laissés pour compte, des victimes de l’injustice. […] Une meilleure prise de conscience des nombreux clivages entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas (argent, pouvoir, savoir, reconnaissance sociale, santé, amour…) et aussi de nouvelles possibilités d’action ont provoqué comme une “nouvelle imagination de la charité » (Jean-Paul II ).

La volonté de servir nous rendra solidaires. Cette solidarité se vivra de multiples façons : par I’engagement avec d’autres citoyens, chrétiens ou non, dans la vie publique et dans des œuvres humanitaires, par la mise sur pied d’initiatives et de projets de lutte contre la pauvreté et pour la justice à tous les niveaux. C’est pourquoi nous prions: Donne “à tous les membres de I’ Eglise de savoir lire les signes des temps à la lumière de la foi, et de se dépenser sans relâche au service de I’Evangile” (Prière eucharistique pour des circonstances particulières [PE] lll.). En parlant de solidarité, on souhaite souligner la proximité et I’interdépendance entre les hommes, même à l’échelle mondiale. En même temps, ce concept exprime l’exigence incontournable de vivre la charité et la  fraternité en recherchant la justice et en s’investissant dans les structures socio-politiques (cf. Benoît XVl, Deus caritas esl 28-30). Un appel particulier me paraît venir de la présence de nombreux migrants dans notre province. Beaucoup viennent d’autres continents. La migration est une réalité et un défi incontournables. Comment pouvons-nous contribuer à I’accueil et à I’ intégration des étrangers ? J’évoque avec reconnaissance les communautés qui, I’an dernier, ont accueilli des sans-papiers.

La motivation évangélique

Parmi nos contemporains, certains nous paraissent en quête de sens, voire en quête de Dieu. D’autres nous sollicitent explicitement à rendre compte de notre foi. Comment rencontrer leur attente ? Comment leur faire entendre La Bonne Nouvelle qui nous fait vivre et espérer ? Comment devenir pour eux témoins crédibles de notre foi en Jésus Christ ? En tout premier lieu, en cheminant avec eux et en vivant l’Évangile. Nous oserons alors leur adresser I’ invitation du Seigneur lui-même: “Venez et vous verrez” (Jn 1, 39). Cette invitation paraît particulièrement urgente dans nos villes. J’en suis profondément convaincu. Nous portons ce souci devant Dieu en disant: “Rends-nous attentifs aux besoins de tous, afin que, partageant leurs tristesses et leurs angoisses, leurs espérances et leurs joies, nous leur annoncions fidèlement la Bonne Nouvelle du  salut et progressions avec eux sur le chemin de Ton Royaume” (PE lll). […] ”Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible ” ( Saint Paul, Co 9. l9-23). […]

ll est plus qu’utile et opportun d’être conscient que notre foi donne à notre engagement sa première motivation. Cet engagement est plus que de la philanthropie, il est autre chose que de l’humanisme. La différence entre un chrétien et un non-chrétien mérite d’être relevée et réfléchie par les chrétiens. C’est la parole et I’ exemple du christ qui nous animent. L’Esprit Saint habite dans nos cœurs et nous conduit vers  Ies pauvres, comme il l’a fait avec Jésus Iui-même. Le service de la charité est donc à la fois une vocation et une mission qui nous viennent de plus haut et de plus loin.  Devant cette mission, nous nous tournons humblement vers Dieu: Donne-nous de servir notre prochain dans la détresse avec un cœur sincère et généreux, à la suite du Christ lui-même. La rencontre personnelle avec le Christ nous rendra plus sensibles aussi bien aux besoins et aux attentes des hommes qu’à l’amour miséricordieux de Dieu pour tout être humain. Ainsi la solidarité des chrétiens sera un témoignage de l’amour évangélique, en Église. Cet amour s’exprimera notamment dans la défense des faibles et des marginalisés. (cf. Benoît XVl, Deus caritas est, 33-39).  […]

Deux pistes à creuser

A l’heure actuelle, surtout quand il est vécu d’une manière institutionnelle et organisée, le service de la charité, la solidarité avec les faibles et les nécessiteux devrait creuser deux pistes. La première, qui n’est pas nouvelle, trouve sa source immédiate dans l’Evangile: “La charité devrait être capable de se faire proche, d’être solidaire de ceux qui souffrent, de manière que le geste d’aide soit ressenti non comme une aumône humiliante, mais comme un partage fraternel. Pour cela nous devons faire en sorte que, dans toutes les communautés chrétiennes, les pauvres se sentent chez eux » (Jean-Paul ll, Novo millennio ineunte, 50). J’ai été rendu sensible à une seconde piste par l’intervention d’Elena Lasida aux Semaines Sociales de France 2007. A l’adresse des chrétiens confrontés au défi d’un plus grand respect de la nature et d’une plus grande solidarité, elle a formulé l’interpellation suivante “Ce qu’il faudrait rechercher, c’est que tout homme puisse être reconnu comme créateur, comme apportant quelque chose en propre à un projet d’ensemble, et pas seulement qu’il puisse accéder aux biens  nécessaires pour vivre. Chercher ce qu’on a à lui demander pour faire  projet avec lui, plutôt que ce qu’on a à lui donner. C’est la notion même  de solidarité qui est ainsi à revisiter”.

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